Lors des premiers jours, nous avons eu du mal avec le nouveau. Non pas qu’il nous ait été utile pour nous débarrasser des hordes de castors, mais plutôt un dérangement olfactif. Autant nous nous plaignions des odeurs des casques aérodynamiques laissés ça et là par Louis, autant nous aurions pu nous en servir en tant qu’oreillers après avoir vécu quelques temps avec la célèbre légende Castor Slayer. Il nous racontait ses aventures avec un souci du détail tel que nous pouvions oublier notre situation délicate et imaginer que nous étions tous en colonie de vacances avec un animateur guitariste hippie autour d’un feu ne s’éteignant jamais parce que ç’aurait été un super animateur top cool qui empêche les feux de s’éteindre.
Toujours est-il que dès l’aube, nous entendions les grincements de dents des bestioles affamées et leurs petits cris effrayants. Heureusement, Castor Slayer nous donnait des instructions pour combattre ces malappris.
- N’oubliez jamais, les castors, c’est comme les avalanches. Si vous les subissez, autant allonger un poireau dans ma bite.
Des conseils avertis, en somme. Je réfléchis d’ailleurs encore au sens de cette phrase. Les jours passés avec Castor Slayer m’ont permis de souffler un peu. Il m’a appris pour les idiopes. Un jour, Zoey remarqua sur le cadavre d’un castor que celui-ci avait de grandes hanches.
- Han ! Quelles belles hanches !
Castor Slayer s’empressa de la mettre dans le droit chemin.
- On ne dit pas hanches, on dit idiopes, ma petite. Hahahahahahaha ! (rire gras comme le beurre, toussa)
J’étais content, j’avais appris un mot. Mais combien de jours allions-nous tenir ? Combien d’autres mots aurais-je eu le temps d’apprendre jusqu’à l’éradication ? Castor Slayer le savait. Ou peut-être qu’il ne le savait pas, car il donnait l’impression du type qui fait semblant de savoir alors qu’il ne sait pas. Quoi qu’il en soit, il était assis, fumait son cigare sans crapoter, regardait au loin et affutait un de ses multiples couteaux.
Ce que je ne savais pas, c’est qu’au loin y’avait Zoey qui se lavait dans une baignoire au milieu d’une maison sans murs. Je l’aurais su, j’aurais moi aussi interprété un regard sombre avant de regarder ce fameux loin qui m’aurait paru bien plus intéressant.