C’était la nuit. Pas une nuit comme les autres, non. Le genre de nuit qui dure depuis plusieurs semaines tant les journées sont longues et sombres. Ils étaient là, quelque part, nous pourchassant sans jamais nous lâcher, restant distants et rapprochés à la fois, nous laissant à mi-chemin entre la folie et la paranoïa.
Bill était mort, Louis avait terminé ses besoins naturels dans un casque de vélo aérodynamique d’un môme qui était sans doute devenu l’un des leurs désormais. Alors que j’empoignais ma carabine, je fis tomber ma boîte de pilules à mes pieds, et comme le sol était pentu, elle roula pendant quelques mètres. Je me penchais pour la ramasser, et quand je me relevais, je sentis une présence dans mon dos. L’un d’entre eux ? Non, il grognerait avec ses petites dents vicieuses. J’entendis une voix rauque.
- Alors comme ça, on chasse les castors ?
L’homme était là. Grand, fort, avec une énirme chevelure, un belle paire de lunettes et des habits scintillants venus d’ailleurs. Enfin, c’est ce que je me suis dit dans ma tête parce que si je l’avais annoncé tout haut j’aurais eu l’air con. “Venus d’ailleurs”, faut que j’arrête les pilules moi. Bref, l’homme possédait un ceinturon duquel pendouillait des scalps de ces monstruosités qui nous pourchassait. Il devait avoir à première vue une douzaine sortes de lames apparentes sur son blouson massif, et qui sait combien d’autres cachées dans sa besace et dans ses poches. Il porta un cigare à ses lèvres et éclata d’un rire gras comme une motte de beurre qui aurait occupé le même frigidaire pendant au moins quatre mois. Surpris par cette attitude peu ordinaire, cet accoutrement atypique et cette réaction heu … grasse, je me décidais de lui demander :
- Mais qui êtes-vous ?
Ce à quoi son rire s’arrêta et son voix redevint rauque (and roll).
- Castor Slayer.